À Madame l’IA-DASEN de l’Allier
À Monsieur le Préfet de l’Allier
A Madame la Rectrice de l’Académie de Clermont-Ferrand
Montluçon, le 16 octobre 2026
objet : lettre ouverte pour dénoncer la répression institutionnelle à l’égard des lycéen·nes.
Depuis deux semaines, des lycéens et des lycéennes se mobilisent dans les établissements de l’Allier. Cette mobilisation exprime à la fois un mal-être face à leur quotidien et leur avenir, immédiat comme plus lointain, et des revendications concrètes sur leur quotidien dans le service public d’Éducation et dans leurs futures formations.
Il semble nécessaire de rappeler qu’un mouvement de cette nature, fût-il contestataire, a toute sa place dans une démocratie, et même qu’il témoigne de l’état de de cette dernière. Et c’est là que nous soulevons un problème qui nous mène à vous écrire publiquement.
Depuis le début du mouvement dans les lycées du département, nous constatons des pressions qui viennent des directions d’établissement et de la police.
Le lundi 28 septembre, des élèves ont été violemment plaqués au sol par des policiers devant les lycées Albert Londres de Cusset. Le jeudi 1er octobre à Moulins, la police est intervenue violemment devant le lycée Jean Monnet en utilisant du gaz lacrymogène sur des mineur•es et en provoquant un mouvement de panique. Des élèves ont été blessé•es suite à cette intervention brutale. Le mardi 13 octobre, des élèves ont été bousculé•es et tiré•es par les bras à Montluçon devant leur lycée. Nous dénonçons ces attitudes disproportionnées des forces de l’ordre dont le nombre même illustre la volonté d’impressionner des jeunes qui, au demeurant, ont su montrer tout leur calme et toute leur détermination. Nous avons également recueilli des témoignages qui relatent des intimidations verbales de la part de policiers à l’égard de lycéens et lycéennes. Enfin, des lycéennes et lycéens disent avoir été choqué•es quand un chef d’établissement a invité une douzaine de policiers à déjeuner à la cantine de son lycée à la suite du blocus de l’établissement. Des policiers sont donc entrés armés de leurs pistolets, bombes lacrymogènes et matraques dans l’enceinte de l’établissement, quand des élèves étaient, de leur côté, privés de repas ou d’internat.
Nous avons appris que l’action de certain•es chef•fes d’établissements allait aussi dans le sens d’un étouffement du droit de manifestation et de contestation démocratique : pression mise aux élèves et aux familles par des appels téléphoniques sur les absences, des menaces d’heures de retenue pour être présent•e devant les lycées, des élèves internes empêché•es de sortir de l’établissement les jours d’appel à manifester, interdiction pour d’autres élèves de rentrer dans leur établissement pour déjeuner au self ou pour dormir à l’internat parce qu’ils et elles étaient soupçonné∙es d’avoir participé aux manifestations.
Alors que le Ministre de l’Éducation nationale évoque lui-même le droit fondamental à l’expression et à la manifestation pour les lycéens et lycéennes et que des temps de démocratie interne doivent être organisés, nous dénonçons ces pressions qui sont des atteintes aux libertés publiques.
Veuillez croire en notre attachement au service public de l’Éducation Nationale et au respect des droits de ses élèves et des personnels.
Erwan Charny – Jérôme Duboeuf – Astrid Jolibois
co-secrétaires de SUD Education Allier
