Nous ne voulons pas de remerciements, mais des engagements !
Lettre ouverte à Mme la rectrice de l’académie de Clermont-Ferrand
Mme la rectrice,
Le 30 juin, vous avez adressé à l’ensemble des personnels une lettre de remerciements pour leur engagement durant la période de canicule que nous avons connue fin juin.
Si comme vous, nous soulignons le grand professionnalisme dont ils ont tous fait preuve, nous ne pouvons pas nous contenter d’une simple lettre de votre part. Plus que vos remerciements, nous avons surtout besoin d’engagements.
Pendant toute la période de la canicule, aucune consigne académique claire n’a été donnée. D’une école à l’autre, d’un collège à l’autre, rien n’a été semblable, même entre des établissements très proches géographiquement et avec des bâtis comparables. Le seul point commun : l’ensemble des personnels a été plongé dans l’incertitude et beaucoup ont souvent été maltraités. Locaux à plus de 30°C (parfois dès le matin), obligation de rester dans les établissements malgré l’absence d’élèves, réunions maintenues alors qu’elles auraient pu avoir lieu en distanciel ou être décalées.
Cela n’a pas seulement nuit à nos conditions de travail, c’est notre santé qui a été mise en danger ou même affectée. Nous avons appris avec consternation que le rectorat avait donnée pour consigne aux chef·fes de suggérer des arrêts maladie (avec un jour de carence et 90 % du salaire ensuite) plutôt que de promouvoir des autorisations spéciales d’absence (totalement rémunérées). Ce n’est pas aux personnels de se financer les manquements de l’administration !
En prévision des canicules de l’année prochaine et des suivantes, nous avons besoin de protocoles clairs, d’un diagnostic de l’ensemble des établissements scolaires et des capacités d’accueil selon les températures constatées. Les équipes doivent être entendues et consultées en amont au risque de se retrouver face des consignes arbitraires et inadaptées à nos lieux de travail. Nous avons besoin d’un plan d’ampleur de rénovation des bâtiments scolaires, de cours végétalisées, d’espaces fraîcheurs où se réfugier avec nos élèves. Nous avons besoin de protections, pas de déclarations.
Pour finir, lors du CSA académique du 24 juin 2026, vous avez déclaré : "Vous savez en Guyane, à
la Réunion ou à Mayotte, ils ont des températures aussi fortes tout au long de l'année et personne ne se plaint, personne n'en parle". Ces propos suintent le mépris et sont en décalage avec le ton faussement réconfortant de votre lettre aux personnels. SUD éducation Mayotte a souhaité vous adresser une réponse que nous joignons à ce document.
Soyez assurée de notre attachement à l’École publique,
SUD éducation 03 15 43 63.
Non, la chaleur à l’école n’est pas normale, même en outre-mer !
La rectrice de l’académie de Clermont-Ferrand ferait bien de venir enseigner à La Réunion ou à Mayotte en saison chaude… Elle a osé tenir ces propos concernant la canicule en France hexagonale : « en Guyane, à La Réunion ou à Mayotte, ils ont des températures aussi fortes tout au long de l'année et personne ne se plaint ».
Commençons par rétablir les faits. La Guyane, La Réunion et Mayotte, trois départements d’outre-mer, connaissent des températures tropicales ou équatoriales une grande partie de l’année. Pendant la saison chaude, les élèves et les enseignant(e)s ont l’habitude de travailler avec plus de 30 degrés centigrades en classe. Mais les journées sont moins longues, la fraîcheur arrive vers 18 heures, ce qui permet aux organismes de se reposer au moins douze heures par jour. Ce n’est absolument pas le cas en France hexagonale, où la chaleur ne tombe qu’après 21 heures, et commence tôt le matin pendant ces périodes de canicule.
Par ailleurs, il n’est pas difficile de comprendre que des organismes humains fragiles (personnes malades ou âgées, enfants…) souffrent beaucoup plus d’une canicule sous des latitudes tempérées que s’ils vivaient constamment entre 25 et 35 degrés.
Poursuivons le fact-checking : la rectrice de l’académie affirme que « personne ne se plaint ». C’est faux. Voilà des décennies que les syndicats d’enseignant(e)s et les parents d’élèves de La Réunion alertent le rectorat, chaque année, sur les conditions d’enseignement. La réponse est systématique : « le bâti scolaire est du ressort des collectivités »1. Circulez, il n’y a rien à voir. C’est aussi un sujet de réclamations à Mayotte, même s’il est invisibilisé par les autres problèmes quotidiens (insécurité, surpopulation des écoles, coupures d’eau, mouvements sociaux…).
Poursuivons notre démonstration. La rectrice connaît certainement les résultats des examens nationaux, académie par académie. Elle sait forcément que les trois académies qu’elle cite ont les plus mauvais résultats de toute la France2. Même si les causes de ces résultats sont multiples, l’inadaptation des bâtiments et des calendriers au climat est forcément l’une des explications. Il est pour le moins malhonnête et inquiétant de proposer aux élèves auvergnats un modèle de vie dans des régions où la réussite scolaire est beaucoup plus difficile3.
Il faut aussi imposer ici un sujet de discussion ignoré en France hexagonale : l’adaptation du calendrier scolaire au climat. Cela fait des décennies que divers syndicats et associations de La Réunion demandent un calendrier scolaire adapté. Certains (certes minoritaires) prônent un calendrier de type néo-calédonien, avec rentrée scolaire fin février et baccalauréat en novembre. Cela permet de faire travailler élèves et enseignants pendant la saison fraîche, et de prendre ses vacances pendant la saison chaude et cyclonique. Mais des arguments souvent farfelus sont systématiquement opposés à ce changement.
En réalité, ce qui bloque, c’est le ministère et le rectorat qui s’accrochent à leurs habitudes (« on ne travaille pas en août ») et se moquent des conditions d’étude dans les outre-mers. La réponse méprisante et hors-sol de la rectrice de Clermont-Ferrand sonne aussi comme un commandement : « vous n’avez qu’à accepter les conditions de vie des pauvres ! »
A SUD-éducation, nous refusons cette injonction. Ce n’est pas parce que les départements ultramarins sont, bien malgré eux, les laboratoires de l’appauvrissement de l’Éducation nationale que nous devons l’accepter. Nous devons au contraire défendre un enseignement de qualité pour TOUS nos élèves. C’est pourquoi nous demandons à Mayotte que l’État reprenne en main la construction et l’entretien des écoles. Nous demandons des calendriers scolaires adaptés aux climats de chaque académie. Nous exigeons que cesse ce mépris des enseignant(e)s et des élèves !
SUD éducation Mayotte
1https://www.ouest-france.fr/meteo/canicule/canicule-a-la-reunion-la-chaleur-dans-les-ecoles-est-une-realite-une-bonne-partie-de-lannee-a03b1c00-6bef-11f1-9906-89aca45f84ea
