Grenelle de l’éducation : valoriser la marque employeur de l’Éducation nationale

mardi 1er juin 2021
par  SUD Education 03

Prévues depuis CAP 2022 (commission qui avait pour rôle de démanteler les services publics), les CAPD (1er degré), CAPA (2nd degré), et la plupart des instances lors desquelles les représentant-e-s des personnels pouvaient par exemple exiger la transparence des mutations des personnels ont disparu. C’est à présent une gestion opaque des personnels qui est à l’œuvre, comme le prouvent les résultats du mouvement dans le premier degré aujourd’hui pour lesquels personne en dehors de l’administration n’est capable d’en certifier l’équité. Le Grenelle de l’éducation vient renforcer les orientations de CAP 2022.

Grenelle de l’éducation : valoriser la marque employeur de l’Éducation nationale

Ce titre, ce sont les mots du ministre - ou du PDG ?- Blanquer tels qu’ils apparaissent dans ses conclusions du Grenelle de l’Éducation. Ceux-ci sont glaçants : plus d’encadrement, encore plus d’encadrement, davantage d’encadrement. Il faut dire que les membres de ce Grenelle étaient largement orientés politiquement et idéologiquement (un directeur de l’ENA, une directrice de Sciences Po, un membre du Conseil Scientifique créé par Blanquer, une ancienne cheffe de l’IGPN, la police des polices…).

Si on prend la peine de lire la feuille de route du ministère mais aussi celle déclinée dans l’académie de Clermont-Ferrand, c’est la novlangue qui prime : "conserver / repérer les talents, création d’un écosystème RH, galaxie RH, vivier des personnels mobilisables, favoriser les mobilités entrantes et sortantes pour renforcer la diversité des parcours, diversifier les profils recrutés, mesures d’amélioration dans une démarche itérative, digitalisation des process RH, sécuriser les parcours professionnels, incubateur de projet, territoires apprenants, partenariat étroit et novateur, valoriser la marque employeur de l’Éducation nationale"…

Mais en dehors du langage Start’Up Nation, ce sont les conclusions définies dans ce Grenelle qui nous inquiètent.


Voici un résumé des conclusions du Grenelle qui nous interpellent :

créer une fonction mixte professeur-inspecteur dans le second degré : ces collègues seront à mi-temps affectés sur un poste d’inspecteur et continuerons à enseigner sur leur autre mi-temps. De quoi induire de bons rapports entre collègues…et accéderont à des perspectives de carrière ( CPGE par exemple…)
créer une fonction hiérarchique pour les directrices et les directeurs dans le premier degré (ce qui est déjà prévu dans le projet de loi Rilhac) : en échange de l’indemnité de direction qui sera augmentée, il est leur est demandé d’avoir un rôle de "pilotage pédagogique" (donc de mettre fin à la liberté pédagogique). Il leur sera donc demandé de manager les collègues à la place des IEN, mais aussi de les évaluer ! Comment travailler avec un-e collègue qui vous évalue ? Les salles des maîtres risquent d’être animées.
une revalorisation des personnels très inégale, sous forme de primes et non pas par une augmentation du point d’indice, ce qui ne garantit en rien la pérennisation de ces primes.

Voilà les conclusions déclinées par le rectorat qui nous interpellent également :

"poursuivre la montée en puissance du télétravail initiée avant la crise sanitaire" : le but est-il donc de diminuer le temps en présentiel des personnels… face aux élèves ?
"renforcer le sentiment d’appartenance à l’institution par des actions immédiates et visibles" : le rectorat propose aux agents des services académiques et aux stagiaires, après une présentation vidéo de l’académie, d’offrir un déjeuner puis de présenter les logements, crèches, activités sportives et culturelles disponibles… Outre le fait qu’on nous prend pour des idiot-e-s, le sentiment d’appartenance ne dépend-il pas plutôt du fait que l’on œuvre pour nos élèves ? Avec des moyens dignes de ce nom ? Avec des conditions de travail correctes ?
"digitaliser les process RH, notamment l’évaluation et la titularisation des professeurs stagiaires" : on ne peut que légitimement s’inquiéter d’une telle mesure, surtout lorsqu’il s’agit d’enseignant-e-s qui jouent leur titularisation en tant que fonctionnaire

Finalement, au-delà des quelques primes lâchées par le ministère (en fait quelques dizaines d’euros par mois au mieux), c’est surtout la mise au pas des personnels qui se profile avec toujours plus de chef-fe-s intermédiaires, c’est la libéralisation accélérée de l’Éducation nationale par des méthodes de management dont il est à présent prouvé qu’elles sont source de nombreux burn-out.

SUD éducation 63/03 dénonce avec fermeté les conclusions du Grenelle et ses déclinaisons locales.