Blanquer tente de censurer Jaurès

dimanche 1er novembre 2020
par  SUD Education 03

La lettre de Jaurès que Blanquer veut faire lire lundi est une version expurgée.
De quoi ? De ceci :
« Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement en sacrifiant la réalité à l’apparence. »

Blanquer a annoncé que l’hommage rendu dans les établissements scolaires à notre collègue Samuel Paty comprendrait notamment la lecture de la « lettre aux instituteurs et institutrices » écrite par Jaurès. C’est effectivement le premier qui figure dans la liste de documents publiée par le ministère en vue de l’hommage.

Une version courte est proposée pour les élèves du primaire, et une version longue pour les plus âgés, où l’on lit à propos des élèves justement :
« ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage. »

Passage délicat, qui nécessitera une remise dans le contexte historique de 1888… Pourtant cette version longue officielle n’est pas la version intégrale republiée par la Dépêche du Midi. Plusieurs passages en ont été expurgés par le ministère, notamment celui qui affirme, toujours à propos de nos élèves :
« leur âme recèle des trésors à fleur de terre : il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur. »

Choix surprenant que d’avoir gardé le premier passage au détriment du second, et inquiétant quant à la vision éducative qu’il trahit. Mais ce n’est pas tout. Parlant dans un autre passage coupé de l’absolue nécessité de lire bien, Jaurès met en cause les priorités des programmes officiels, et conclut :
« Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! »

La ressemblance avec la politique actuelle, du CP jusqu’au Bac, était tellement évidente que Blanquer, fidèle à lui-même, ne pouvait faire autrement que la censurer !
VERSION «