Plan pour le numérique à l’Ecole : une arnaque pédagogique qui va coûter cher.

dimanche 3 mai 2015
par  SUD Education 03

Alors que le grand « plan pour le numérique à l’école » est censé n’être mis en œuvre qu’à partir de la rentrée 2016, le gouvernement a annoncé courant mars que celui-ci serait déployé dès la rentrée prochaine dans 300 écoles et 300 collèges. Les élèves de ces établissements devraient disposer de tablettes et de ressources pédagogiques numériques.

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tract plan école numérique

Qu’est-il prévu au travers de ce « plan numérique » ?

« Grâce à un équipement individuel des élèves et des enseignants dans les établissements, le projet permettra la diffusion de contenus et services innovants, facilitant un apprentissage individualisé et stimulant l’autonomie et la créativité des élèves, pour mieux apprendre » affirme le ministère. Derrière ces belles paroles,on apprend au travers de l’appel à projets qu’il est question de « doter d’équipements et de ressources pédagogiques numériques tous les élèves et tous les enseignants des collèges sur une durée de 3 ans, en commençant par la classe de 5ème à la rentrée 2015, et en poursuivant pour les nouvelles classes de 5ème à la rentrée 2016 et à la rentrée 2017 ».

S’il est prévu de fournir un équipement individuel aux collégiens, les écoliers auront droit de leur côté à du matériel à usage collectif, l’objectif étant qu’il y ait au moins une tablette pour deux élèves.

Un coût exorbitant…

Ce choix politique sera, sur le plan des dépenses, un puits sans fond. Les objets dont on parle ici sont très onéreux ; contrairement aux livres (ou autres « supports » de "grand-père"), les gadgets informatiques doivent être renouvelés très fréquemment. De plus, compte tenu de l’usage qui leur sera réservé, leur espérance de vie sera très courte ; et ceux qui ne seront pas rapidement hors d’usage seront de toute façon obsolètes et bons à remplacer au bout d’un an ou deux.
Les collectivités locales, quoi qu’en dise le gouvernement qui a l’habitude de ne pas tenir ses engagements, devront en supporter le coût (quelques-unes ont des moyens, mais c’est loin d’être une généralité) : ceux qui vont se remplir les poches seront Apple, Google et les sous-traitants Chinois et cela, sur le dos des contribuables.

Remarquons enfin qu’on ne regarde pas à la dépense quand il s’agit d’investir de l’argent destiné à l’éducation sur les marchés économiques et financiers, alors qu’il serait rigoureusement impossible d’en trouver pour financer des postes d’enseignants : c’est pourtant d’abord cela qui améliorerait les conditions d’étude des élèves.

… pour quelle valeur éducative ?

Ce formatage des ressources ne laissera que bien peu de prise à l’enseignant. Le projet prévoit de mettre entre les mains des élèves un "prêt à apprendre" bien peu émancipateur et dont les valeurs sous-tendues ne sont plus maîtrisées par l’enseignant mais par le marché.
De plus, une nouvelle fois, les décideurs veulent faire croire que l’informatique permettra de résoudre tous les problèmes pédagogiques. Mais comment peut-on imaginer qu’une machine à elle seule pourrait "faciliter un apprentissage individualisé"et "stimuler l’autonomie et la créativité des élèves" ?

Quelques enseignants "geeks" y trouveront peut-être leur compte, mais les autres apprécieront peu d’avoir à s’adapter, en permanence, à un environnement par définition "volatile", à suivre la course effrénée aux versions de logiciels, ou à tout reconstruire en fonction des changements de technologie et de constructeur.

De plus, si comme on peut le craindre, le ministère n’impose pas le pré-requis du logiciel libre, le travail des enseignants autour d’une solution logicielle deviendra caduc au prochain appel d’offre de tablettes (et c’est pour cela que des sociétés comme Microsoft vont donc faire le forcing pour prendre ce marché, en comptant sur le fait que l’on ne prendra pas le risque d’en sortir par la suite). Les usages pédagogiques vont alors se réduire au néant, car les enseignants, même dans les plus motivés, ne vont pas perdre leur temps dans une solution non pérenne (c’est ce que l’on peut remarquer autour des logiciels gravitant autour de l’ENT ou des tableaux interactifs).

Plus largement, on pourrait s’interroger sur la pertinence éducative de ce plan :

  • En augmentant encore le temps passé sur des écrans, ne va-ton pas ainsi accroître les difficultés de concentration des élèves ?
  • Ne va-t-on pas rendre encore plus problématique leur rapport à l’écriture et à la lecture ?
  • Ne serait-il pas plus formateur et émancipateur de leur apprendre qu’il y a une vie en dehors des machines connectées ?


Sources :

http://www.nextinpact.com/news/93403-le-plan-pour-numerique-a-l-ecole-commencera-a-etre-deploye-des-rentree-2015.htm

https://cdn.nextinpact.com/medias/annexeap_plannumerique.pdf

https://cdn.nextinpact.com/medias/ap_plannumerique.pdf


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