L’inégalité numérique, une question d’éducation avant tout

mercredi 10 octobre 2012
par  SUD Éducation 03

Contribution de SUD éducation 63/03 à la concertation sur l’École et extrait du journal Azimuts N°207.

Dans une société numérique, nous pensons que l’informatique doit être enseignée à l’école. L’informatique est un champ à la croisée des mathématiques, de la technologie, des sciences sociales, des sciences de la communication, de l’économie… Il y est question certes de code informatique et d’algorithmes mais aussi de réseaux, de droits d’auteurs, de publications, de modèles économiques, de communautés. Elle ne se réduit pas à de l’algorithmique ou à de la programmation.

La fracture numérique, concept datant du début des années 1990, n’est plus. Le taux d’équipement des familles est maintenant très important. La vraie fracture se trouve dans une forme d’ « illettrisme informatique » car les citoyens de demain ne sont pas formés à être des producteurs ou des utilisateurs conscients et responsables. C’est l’informatique "outil", celle promue par le B2i dont nous dénonçons l’échec depuis de nombreuses années. Les inégalités évoquées par M Peillon dans sa lettre à tous les personnels de l’ Éducation Nationale se trouvent plutôt ici.

Il nous semble ainsi fondamental de supprimer le B2i et d’introduire un enseignement de l’informatique pour tous dès le collège voir même dès l’école primaire.

Les logiciels libres, une question de valeurs

La société numérique entraîne inévitablement le contact avec des applications. Ces applications sont très souvent des « menottes numériques » pour leurs utilisateurs, seuls les logiciels libres garantissent les libertés numériques .

On peut, en s’inspirant de Richard Stallman, résumer les logiciels libres en trois mots : liberté, égalité, fraternité.

  • Liberté, parce que les logiciels libres respectent la liberté de leurs utilisateurs ;
  • Égalité, parce que dans la communauté des logiciels libres, tous les utilisateurs sont égaux : personne n’a de pouvoir sur personne ;
  • Fraternité, parce que les logiciels libres encouragent la coopération entre les utilisateurs.

Avec un programme, il y a deux possibilités, soit les utilisateurs ont le contrôle du programme, soit le programme a le contrôle des utilisateurs. Le premier cas s’appelle le logiciel libre, car pour pouvoir contrôler le programme les utilisateurs ont besoin de plusieurs libertés et ces libertés sont la définition même d’un logiciel libre.

  • Le niveau zéro de la liberté est celui de pouvoir exécuter le programme librement ;
  • La liberté n°1 est la liberté d’étudier le programme et de pouvoir le modifier selon ses besoins ;
  • La liberté n°2 est la liberté de diffuser des copies de la version originale ;
  • La liberté n°3 est la liberté de diffuser des versions modifiées.

Si les utilisateurs n’ont pas ces libertés essentielles, ils n’ont pas le contrôle effectif du programme et c’est le programme qui a le contrôle des utilisateurs. Le système d’exploitation Windows par exemple soumet ses utilisateurs au pouvoir de Microsoft. Ce programme est alors appelé « programme privateur » car il prive de la liberté. L’utilisation dans la société et dans l’Ecole d’un programme privateur est un problème social : il faut chercher à résoudre ce problème en limitant l’utilisation de programmes privateurs.

Devenir un citoyen de la société numérique

Chaque utilisateur est plus ou moins capable d’exercer ces libertés selon ses compétences en programmation. Mais beaucoup d’utilisateurs n’apprennent pas à programmer. C’est pourquoi nous pensons que l’informatique libre doit être enseignée à l’école.

Un programme libre se développe démocratiquement sous le contrôle de ses utilisateurs. N’importe quel utilisateur est libre de participer à la décision sociale sur le futur d’un programme, qui n’est que la somme de leurs décisions sur son devenir. Un programme privateur ne se développe que sous le pouvoir unique de son développeur ou propriétaire . Il impose une dictature numérique. La société a donc un choix à faire : d’un coté nous avons la liberté individuelle, la solidarité sociale et la démocratie. De l’autre coté, nous avons la dictature du développeur. L’école doit rejeter le logiciel privateur, et choisir le logiciel libre.

Les logiciels libres, un facteur d’égalité des territoires dans la société numérique

Pour un établissement scolaire, utiliser des logiciels libres présentent de nombreux avantages :

  • Financier : les logiciels libres sont le plus souvent gratuits ;
  • Légal : les logiciels libres sont librement installables sur toutes les machines de l’établissement ;
  • Pédagogique : les logiciels libres sont librement distribuables aux élèves, aux enseignants. Tous les membres de la communauté éducative travaillent ainsi avec les mêmes outils ;
  • Sécurité : les logiciels libres présentent de très bonnes garanties de stabilité et de sécurité ;
  • Durabilité et pérennité de vos documents : les logiciels libres utilisent des formats de documents ouverts, standards et interopérables. Il sera donc toujours possible d’ouvrir vos documents enregistrés dans un format ouvert avec d’autres logiciels ce qui n’est pas le cas des logiciels privateurs dont le développement obéit à la logique de la marchandise et à la loi du profit.

De plus, des professeurs, de nombreuses associations et entreprises françaises (TPE, PME) développent des ressources et des logiciels libres pour l’éducation. Ces solutions sont pérennes et bénéficient d’une large base d’utilisateurs dans les écoles. Les logiciels libres constituent des solutions de qualité, et à moindre coût, dans une perspective de pluralisme technologique. Par ailleurs, ils favorisent l’emploi local. Le marché des licences propriétaires en France est très majoritairement un marché d’importation. Celui du libre est majoritairement local, il s’agit là d’un important gisement d’emplois qu’il convient de favoriser dans la commande publique.

À titre d’exemple, citons les projets portés par l’association Sésamath. Forte d’une communauté de centaines de professeurs de mathématiques, elle diffuse sous une licence libre des documents et des logiciels éducatifs de mathématiques. Sous ce modèle de mutualisation elle a pu réaliser un laboratoire de travail mathématique (labomep) et un éditeur vend ses manuels scolaires libres.
On trouve des logiciels et ressources libres pour tous les niveaux de l’enseignement scolaire. Au-delà des aspects pédagogiques, il existe également des solutions d’aide à la gestion administrative des établissements scolaires (notes, absences…) mais aussi technique (serveurs de fichiers pédagogiques) ou encore des ENT (Espaces Numériques de Travail) libres. A ce titre l’ENT en Auvergne, qui aurait du s’appuyer sur des logiciels libres et créer des emplois locaux (hébergement du service) est un véritable échec !
Il est nécessaire de soutenir financièrement ou par des décharges horaires les personnels de l’Éducation Nationale développeurs de logiciels ou de ressources libres. C’est un indispensable levier pour favoriser la production de ressources pédagogiques numériques libres.

Compilé par Stéphane Moulinet

Sources :


Documents joints

Tract sur l'inégalité numérique
Tract sur l'inégalité numérique

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